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Les Dernières Nouvelles d'Alsace, 23.2.2006

Esclavage mode d'emploi

Sa vraie vie, c'est la poésie. Pourtant à la demande de son fils, Lémy Lémane Coco, Guadeloupéen petit-fils d'esclave, s'est glissé dans la peau d'un historien pour se fendre d'un essai sur l'esclavage, paru aux éditions Menaibuc.
« Dis, papa, c'est quoi l'esclavage ? » Drôle de question pour un gamin de onze ans. Sauf que ce gamin a quelque raison de s'intéresser au sujet, étant arrière petit-fils d'esclave et fils d'un poète qui, pour le 150e anniversaire de l'abolition, avait publié un recueil sur le sujet. « Quand j'ai voulu lui expliquer ce qu'était l'esclavage, il n'a rien compris et m'a dit que je ferais mieux de lui écrire un livre », explique son père, Lémy Lémane Coco. « Au départ, c'était une affaire de troc. Ce n'est qu'après qu'est venue la logique économique. » Et le professeur d'arts martiaux se transforma en rat de bibliothèque... « Deux ans de recherches ont été nécessaires. J'ai travaillé sur cinq axes : le "mécanisme" de l'esclavage, la vie à cette période, les résistances, les abolitions et le devenir des ex-esclaves . » Le tout dans un souci constant de pédagogie. « J'interviens beaucoup dans les lycées », précise-t-il. A Thann, Wittelsheim ou Guebwiller, inlassablement, il explique. Qu'au départ, « l'esclavage était une affaire de troc. Ce n'est qu'après qu'est venue la logique économique . » « En 1445, le navigateur portugais Antao Gonçalves débute la traite des noirs, en effectuant le premier achat d'esclaves africains contre des marchandises européennes. Ces hommes sont déportés au Portugal et vendus sur les marchés de Lagos, où affluent des acheteurs désireux d'avoir des serviteurs de couleur », écrit-il.En 1517, le roi d'Espagne autorise quant à lui les conquistadors à remplacer les indiens par des noirs. En France, Louis XIII tente d'abord de se passer d'esclaves. Pour assurer la production dans les colonies, le roi envoie en Martinique et en Guadeloupe des « engagés » blancs. Un échec. Si bien que, citations d'Aristote à l'appui - « certains sont destinés à obéir et d'autres à commander » -, des négociations s'engagent et qu'en 1642, Louis XIII autorise l'esclavage. On comptera aux Antilles françaises jusqu'à 700 000 esclaves au plus fort de la traite. Face aux résistances quasi-permanentes, Colbert avait demandé une loi. Ce sera le Code Noir, promulgué en 1685. A la première fuite, les esclaves avaient les oreilles coupées ; à la deuxième, on leur tranchait un jarret ; à la troisième, c'était la mort. Sur la vie des esclaves, Lémy Lémane Coco n'a que peu de témoignages. Il cite tout de même un ecclésiastique, le père Dutertre, qui s'est ému de leur condition. En 1789, la « Société des amis des noirs » - dont Victor Schoelcher fera partie - est créée. Des voix s'élèvent, les débats se multiplient, jusqu'à l'abolition : le 23 mai 1848 en Martinique, le 27 mai en Guadeloupe, le 10 juin en Guyane, le 20 décembre à la Réunion. Mais que deviennent les esclaves ? « Ce sont autant d'âmes jetées du jour au lendemain hors des plantations. Ils ont afflué près des grandes villes et développé des bidonvilles. C'est terrible à dire, mais les esclaves ont souvent abandonné leur condition pour mourir », note l'auteur, rappelant qu'à un esclavage en a succédé un autre, non officiel, et que dans certains pays comme la Mauritanie, il n'a été officiellement aboli qu'en 1981. « Le premier rôle positif devrait être d'apprendre aux enfants leur histoire » « Au moment où certains parlent du "rôle positif de la colonisation", le premier rôle positif serait d'apprendre aux enfants leur histoire », tempête celui qui s'investit sans compter pour expliquer ce passé que l'on ne saurait voir. « Prendre conscience des mécanismes qui ont conduit à l'esclavage amène à réfléchir sur les valeurs de notre société. De l'esclavage, on en arrive au comportement social et au respect de l'autre », insiste-t-il. C'est le message qu'il porte dans les lycées. C'est aussi celui qu'il a voulu transmettre à son fils. « Aujourd'hui, il est content que le livre soit enfin sorti et me pose un tas de questions auxquelles je ne sais pas toujours répondre. Alors, je continue à me documenter. » Libéré de la prose et des recherches historiques, Lémy Lémane Coco est retourné, « dans un bonheur total », à ses premières amours, la poésie, avec un recueil en « phase terminale » à paraître en juin. Cette fois, il n'y sera pas question d'asservissement, mais d'amour... « Regards sur l'esclavage dans les colonies françaises », de Lémy Lémane Coco, est paru aux éditions Menaibuc et disponible dans toutes les bonnes librairies au prix de 17 €. Pour contacter l'auteur : http://monsite.wanadoo.fr/lemylemanecoco Valérie Walch ujourd'hui, Lémy Lémane Coco – et son incorrigible optimisme – se consacre toujours à l'écriture et aux Arts Martiaux, entre la Normandie

 

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